![]() Lors du festival des Indétendances Fnac 2009, La Ruda nous présente son nouveau répertoire de chansons acoustiques. Mais « acoustique » ne signifie pas « ambiance paisible ». Durant le concert, le public se sera déchainé…une fois encore ! Votre nouvel album, « Grand Soir », est sorti le 16 Mars. Quels retours avez-vous eu ? Eh bien on a eu des retours plutôt positifs. En tout cas en ce qui concerne la tournée. En termes de ventes on est dans les temps par rapport à nos investissements qui sont relativement faibles par les temps qui courent. C’était un pari après l’album « Les Bonnes Manières » qui n’était d’ailleurs pas vraiment un album mais plus une parenthèse puisqu’on avait repris notre répertoire en acoustique. On avait constaté que le public était assez réceptif donc l’idée était d’enfoncer le clou en proposant cette fois des compos. Et ma foi on arrive à soutenir notre salle avec des arguments différents, des compos nouvelles, à créer quelque chose sans pour autant perdre notre signature. J’ai la prétention de penser que le public nous le rend bien et qu’on arrive avec cette formule à avoir quelque chose de plus intimiste mais avec plus d’énergie. Est-ce une formule définitive ? L’idée n’est pas de se dire que cela restera comme ça. On a ouvert les guitares électriques sur ce deuxième album, on dit « acoustique » parce qu’on utilise des guitares acoustiques mais tout est amplifié. Cela nous permet de changer nos arrangements, d’aller vers des musiques qu’on avait pas eu l’occasion de traduire dans notre répertoire, comme le swing, des musiques qu’on aimait bien mais qu’on avait pas traitées. Le fait de jouer en acoustique nous force à chercher des solutions et on aime cette situation parce qu’elle ouvre la fenêtre, cela nous fait du bien. Le groupe a 17 ans ! Cela nous permet d’envisager la scène de manière différente en termes de configuration. En jardin/cour les gars sont assis donc c’est une petite révolution pour La Ruda qui se veut travailler dans le physique, par le corps et la sueur. C’est aussi se placer différemment par rapport à son instrument. On ne joue pas de la même façon en acoustique qu’en électrique. Cela nous permet de nous régénérer à nos frais, de s’offrir une deuxième jeunesse. Quand les années passent ce qui compte est d’être toujours excité par ce que l’on fait. Ce n’est pas une solution définitive. On ouvre les guitares, on retape « L’Instinct Du Meilleur » qui était à l’ancienne parce que ça nous fait du bien de nous défouler un petit peu. On peut envisager d’ouvrir encore un peu plus. On peut désormais définir votre style comme étant du rock alternatif. N’avez-vous pas du coup perdu un public pour en reconquérir un autre peut-être plus large ? Alors concernant le rock, le virage a été effectué il y a 5 ans puisque le premier album était issu du rock qu’on jouait dans les bars, les cafés. C’était évidemment du rock mais ensuite on a fait plus parler les guitares, on les a mis en avant. L’évolution d’un album ou de l’oreille d’un groupe c’est comme pour tout le monde, elle suit les humeurs, il y a des moments où on a envie d’autre chose. Je ne pense pas qu’on ait gagné du public, je pense même qu’on en a perdu puisqu’on nous attendait plutôt sur le terrain du ska. Je pense d’ailleurs que l’industrie musicale voulait faire de nous un peu le « Ska-P à la française ». Mais cela ne nous faisait pas tellement bander alors après 8 ans de ça, on a eu envie d’autre chose. Quand on a fait le tour de la question à la fin de l’album « La Trajectoire De L’Homme Canon », on s’est essayé à l’acoustique. Cela nous a ramené à des choses un peu plus intimistes comme ce qu’on faisait au début quand on tapait la manche, qu’il fallait aller chercher les gens. On jouait dans des bars, des cafés-concerts, on n’était plus dans des grandes structures, on a eu une logistique beaucoup plus simple. Et le public s’y est retrouvé. Cette fois on opère une jonction acoustique plus large en termes de public grâce à des sonorités plus « faciles d’accès ». On a perdu du monde en route, ceux qui aimaient l’énergie brute. Mais en même temps on a pu mettre les textes et les mélodies en avant. Ce n’est pas tellement une question de public finalement mais plus de savoir si ça nous excite ou pas. A chaque période de nos modestes aventures on a fait autant d’heureux que de gens qui n’ont pas suivi. On imagine aisément comment l’énergie dont tu parles s’obtient en jouant du rock dans les bars. Comment avec une musique plus orientée acoustique arrivez-vous à en faire autant ? Les ressorts sont les mêmes ! Si on n’est pas content d’être sur une scène, de faire de la musique en se levant le matin... Si on trouve que c’est pas beau d’être ainsi privilégié, de pouvoir vivre de sa musique et prolonger un peu son enfance, d’avoir un public, de travailler et d’avoir des gens qui vous le rendent bien… Il faut aimer ça, il n’y a pas besoin de stimulant particulier. On s’accroche au contraire à son petit bout de paradis. Pas besoin de nous pousser pour y aller. Mais ressentez-vous toujours le besoin de séduire ? Toujours ! Chaque concert est un rapport de séduction. Il faut convaincre aussi. On ne fait pas partie de cette catégorie de groupes très connus. Malgré nos 17 ans d’expérience, médiatiquement on existe très peu ! On a donc toujours des gens à aller chercher et dont les nouvelles générations. Il y a des gens qui viennent pour la première fois parce qu’ils ont 16 ans et qu’ils n’étaient pas nés quand on a commencé ! Et puis parce que la vérité d’un concert est que lorsqu’un rendez-vous est réussi cela donne espoir de voir les gens revenir. Quand on a un micro, qu’on est sur une scène on met notre honneur en jeu car on veut faire au mieux. Des fois on se plante parce qu’on n’est pas au meilleur de sa forme. La magie ne peut pas toujours intervenir. Vous êtes plutôt nombreux. Cela pose-t-il des problèmes de logistique ou d’organisation ? Non, tout le monde est à disposition ! Et pour l’enregistrement ? La composition ? Pour l’enregistrement c’est compliqué pour l’homme qui va mixer l’ensemble ! Pour la composition cela demande un peu plus de temps car il faut harmoniser tout ça, créer les parties de chacun, accepter que l’un se taise pour laisser l’autre parler. Cela demande un peu de discipline et d’expérience car au départ on a souvent envie de balancer tout en même temps fort et vite alors que bien souvent il s’agit de bien tout équilibrer. Chronologiquement on commence par basse et batterie puis on s’occupe des guitares, ensuite des cuivres et enfin je pose ma voix. Tout cela dans un équilibre. Au fond le fait d’être nombreux est peut-être une cause des nombreuses reformations ? Oui, bien sûr. Cela explique peut-être aussi le fait qu’on existe encore parce que si on n’était qu’un trio, il suffirait que l’un de nous devienne con pour que ça ne marche plus. Ce serait une bulle tellement petite que tout le monde se mettrait en porte à faux et ça éclaterait. On est 8, chacun a ses humeurs, on n’est pas toujours dans une bonne période mais le fait d’être nombreux édulcore le propos. Cela permet de trouver un équilibre qui fait que les mauvaises périodes peuvent passer sans mettre en péril l’ensemble. Cependant être nombreux peut multiplier les difficultés dans le sens où c’est une histoire de caractère, d’égo. On fait partie d’une famille musicale particulière puisqu’au départ on ne faisait pas de musique, donc il n’y a pas d’égo par rapport à notre jeu comme on peut le voir souvent chez les gens qui travaillent leur musique depuis longtemps. Comme tous les groupes on n’échappe pas aux critiques des autres musiciens. C’est toutefois ensemble qu’on arrive à faire quelque chose. Depuis peu le nombre de festivals augmente, n’est ce pas une bonne chose pour vous ? C’est une bonne nouvelle pour la musique, pour les gens. Ce sont des terrains de jeu supplémentaires, cela signifie que la musique ne se porte pas trop mal. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour les institutions et pour les jeunes groupes dans le sens où les festivals ne font jouer que des grands groupes. Quand on met de l’argent dans des gros festivals, que ce soit une mairie ou un conseil régional, cela signifie que l’argent ne sera pas forcément utilisé dans les locaux de répétition ou dans les salles. Evidemment souvent les mairies préfèrent mettre beaucoup d’argent sur 3 jours et tout le monde est d’accord, c’est quelque chose d’assez flambant, cela fait parler de la ville. Le budget en prend un coup et pourtant les locaux de répétitions sont importants pour toute l’année, on n’en a pas forcément partout. Il y a de moins en moins de cafés-concerts, bientôt il n’y en aura plus. Il y a aussi les scènes de musique actuelle. Vous êtes basés à Angers. Aimez-vous jouer à Paris, avez-vous un lieu de prédilection ? Paris n’est pas la porte à côté, il y a 4 heures de route. Ce n’est vraiment pas la même région. On répète tous les jours à Angers au Chabada pour ne pas le citer. Le jour où on ne fera plus de musique, chacun ira peut-être ailleurs ! Moi j’avais plutôt envie d’aller vers le sud… Une ville est belle par ce qu’on a à y faire. Soyons passionnés, ayons des choses à faire, cela rendra le décor beau.
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