Interview de Bikini Machine réalisée le 23-02-2010Résumé : Interview de Bikini Machine réalisée le 23-02-2010. ![]() Les Bikini Machine promènent leur attachante pop-rock électronique depuis près de dix ans à travers la France, l’Europe et, parfois, le monde. Ils viennent de sortir un album ébouriffant, The Full Album (Platinum). Originaires de Rennes, les Bikini Machine assument avec panache l’héritage des Skippies (1990-1998), dont trois d’entre eux firent partie. Etat des lieux avec Fred Gransard (chant, batterie, claviers). Rock’n’France : Vous faites partie de la fameuse famille rennaise du rock… Parlez-nous des années 1990 dans cette ville. Fred Gransard : C’est une époque où pas mal de groupes de rock, et parmi eux les Skippies, ont été encouragés par la génération précédente. C’était l’âge d’or des Transmusicales, où nous sommes passés très jeunes. Jean-Louis Brossard, leur initiateur avec Hervé Bordier, nous a un peu éduqués musicalement quand nous étions adolescents et que nous écoutions les artistes qu’il y programmait. C’est en 1986 que nous avons assisté à nos premières Trans’ : Marquis de Sade, Les Nus… C’était quelque chose. Jean-Louis Brossard est la première personne à qui nous avons voulu faire entendre Bikini Machine. L’esprit hybride de notre musique est d’ailleurs sans doute lié à l’éclectisme des Trans’… R’n’F : Est-ce une chance d’appartenir à la ville de Philippe Pascal, de Franck Darcel, de Christian Dargelos, de Dominic Sonic ? FG : Oui, sans doute… Mais, pour Dominic, c’est différent dans la mesure où il appartient à une génération plus récente : il a démarré quand j’avais seize ans et nous sommes vite devenus assez proches, partageant le même studio d’enregistrement. D’ailleurs, une partie de Bikini joue aussi avec lui : Patrick Sourimant et Franck Hamel. Philippe Pascal et Marc Seberg, c’est autre chose… Philippe est quelqu’un dont la personnalité marque une ville, comme Bertrand Cantat à Bordeaux. Une Statue du Commandeur… (rire). A tel point qu’à mes débuts dans les Skippies, je me suis révolté contre cette emprise (rire)… Depuis mes dix-sept ans, j’écoutais avec la même attention le rock des sixties : les Kinks, et aussi les groupes mods, plus « soul de Blancs » : les Small Faces, Spencer Davis, Creation… J’ai même écouté les débuts du hip hop : Beastie Boys, Public Enemy. Puis sont arrivées des choses plus électro, le big beat. Vous percevez l’éclectisme de mes influences… R’n’F : Qu’en est-il des débuts de Bikini Machine, en 2001 ? FG : Entre 1999 et 2001, Patrick Sourimant, Mik Prima et moi étions trois Skippies en quête de choses plus ludiques. Nous cherchions de vieilles guitares, de vieux orgues et aussi des objets plus modernes, beaucoup plus high tech. Au début, nous avons fait beaucoup de boucles et je ne chantais pas du tout en français : ce sont la musique et la langue anglo-saxonnes qui nous ont baignés depuis le début. R’n’F : Il est vrai que l’on trouve chez vous assez peu de titres en français… FG : Il se peut que ça change… Pour l’instant, je sépare les genres : quand il faut du coffre, je choisis l’anglais. Et, en français, je chante plus doucement. Les textes ne sont pas pensés de la même manière. C’est en anglais que le texte vient d’abord, plus facilement, sur les morceaux que nous avons déjà composés. En fait, nous sentons les morceaux faits pour le français. R’n’F : Vous semblez avoir un penchant pour les noms apparemment légers : les Skippies, Bikini Machine. D’où vous est venue l’idée de Bikini Machine ? FG : C’est le titre d’une série B américaine, avec Vincent Price : Doctor Goldfoot and the Bikini Machine… Ça collait très bien avec notre musique… R’n’F : Certains des morceaux du Full Album font un peu penser à la démarche de Blur époques « Girls and Boys » ou « Crazy Beat ». Qu’en pensez-vous ? FG : Nous adorons Blur. C’est la touche de Patrick Sourimant. Dans l’esprit, nous pensons souvent à ce groupe : nous aimons chez eux la mélodie, l’énergie, le groove, les arrangements, la puissance. Il n’existe pas beaucoup d’artistes qui essaient de produire une power pop. Blur, à mon avis, c’est ce que les Anglais peuvent faire de mieux. R’n’F : Jon Spencer, du Blues Explosion, a produit sept titres du Full Album. Habitez-vous des planètes proches ? FG : C’est indiscutable. Nous étions deux ou trois à avoir pensé à lui. J’ai beaucoup aimé Damage, du Jon Spencer Blues Explosion, où il a co-mixé pas mal de morceaux. Pour The Full Album, nous lui avons envoyé deux titres, dont « Good Morning », et il a été très emballé : il n’en a produit que sept car il était très pris de son côté par l’enregistrement de son propre album avec Heavy Trash, qui est sorti une semaine avant le nôtre… De son côté, Ian Caple est spécialiste des mixages de cordes. En 2006, il avait déjà mixé « La Pharmacie Anglaise ». Nous avons donc aussi fait appel à lui. Enfin, pour des titres plus rentre-dedans, nous avons sollicité un producteur danois, Jesper Reginal. R’n’F : « Où vont les cons ? » est une chanson très chic, un peu désespérée. On y sent l’hommage à Gainsbourg, aussi bien dans le texte que dans le parlé-chanté ou la couleur musicale. Pourquoi ? FG : Parce que, en français, Gainsbourg est incontournable. Jacques Dutronc aussi, dans ses tout premiers titres, qui ressemblent aux Kinks chantés en français… Cet hommage à Gainsbourg, j’y avais aussi pensé avec « La Pharmacie Anglaise ». C’est Mickaël Furnon qui a co-écrit le texte de « Où vont les cons ? » et qui y chante en duo, aussi. Nous avons conçu le clip de manière très cinématographique, mais certaines personnes le trouvent trop sarcastique… R’n’F : Comment avez-vous rencontré Mickey Tout Seul ? FG : Il était fan des Skippies quand il était ado. Dionysos aussi, d’ailleurs… Mickaël a retrouvé cet esprit dans Bikini Machine. Il est devenu quelqu’un que l’on connaît bien. C’est rigolo de collaborer… R’n’F : De qui vous sentez-vous proche dans la jeune scène française ? FG : De peu de monde… Les Little Rabbits, AS Dragon… Nous sympathisons un peu avec d’autres, mais nous dissocions radicalement l’aspect humain et les aspects stylistiques. R’n’F : Votre titre « Mister Syncope » fait cependant un grand clin d’œil à Katerine… FG : Nous avons écrit le texte sans penser à lui. C’est sans doute dû au rapport assez déconnant qu’offre le texte à la danse et au corps. Puis la référence s’est imposée, tout comme celle aux Little Rabbits, et nous avons ajouté la citation du Louxor… Toutes ces impressions peuvent aussi provenir de l’effet inventaire, énumération, des paroles de « Mister Syncope ». Mais ça, ça vient de plus loin : petit, j’écoutais pas mal Boby Lapointe… Propos recueillis par Jean-Claude Demari, le 17 février 2010
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