syLpHeeD | Le 05-09-2009 Rude, long et bouillonnant comme la route 66 : le nouveau Arctic Monkeys ne trahit pas ses origines, traversant les États-Unis avec à la production Josh Homme, leader des Queens of the Stone Age. Et c'est bien ce virage à 90° qui déroutera le plus les fans des singes de Sheffield, habitués à leur rock sulfureux, presque fait pour le dancefloor, à la rage du punk d'antan et aux tonalités garage, le tout chaloupé par des rythmiques particulièrement travaillées pour le genre et un songwriting délicieusement juvénile, ayant symbolisé un renouveau du rock anglais. Et rien que pour ça, les Arctic Monkeys, et surtout leur leader Alex Turner, susciteront énorménent de convoitise, en vue de leur jeune âge et de leur début de carrière, véritable vitrine de l'impact qu'a aujourd'hui Internet sur la musique.
Mais voilà, alors qu'ils auraient pu se contenter de faire comme leurs deux premiers opus, finalement assez proches, que sont ”Whatever People Say I am, That's What I' not” et ”Favourite Worst Nightmare”, les Arctic Monkeys décident de prendre les attentes, les fans... tout le monde à contre-pied. ”Humbug”, troisième album enregistré entre Joshua Tree, fief de Homme, et New York, surprend, voire même déçoit sûrement 90 % des fans qui s'attendaient au rock énervé et sans concessions qu'ils avaient auparavant l'habitude d'écouter. Turner et ses compères ont pris de la bouteille, il n'y a qu'à voir leurs changements physiques pour s'en assurer (cheveux longs, t-shirt Black Sabbath, barbes d'homme...). Et entre cette maturité soudaine, presque consensuelle lorsqu'on aborde la difficile question du 3ème album d'un groupe, et le choc géographique de l'enregistrement, c'est clair maintenant : il y a du changement dans l'air. Mais quid de l'album ? On en vient...
Outre cette prise de risque qui, il faut l'avouer, est pour le coup maximum, les 10 pistes du disque rappellent la plupart le projet parallèle de ce génie glouton qu'est Turner, alors qu'il revisitait la pop classe des 60's avec son ami des Rascals Miles Kane dans The Last Shadow Puppets. ”Humbug” ne délivrera plus la puissance sonique et bordélique de ”Brianstorm” ni cette fougue juvénile dégoulinante de ”I Bet You Look Good on the Dancefloor” : les Arctic Monkeys, qui avaient déjà découvert l'orgue avec le magnifique ”505” du second album, le transgresse ici avec des morceaux comme ”The Jeweller's Hands” ; les mélodies puisant dans le blues ténébreux américain à l'image du premier single ”Crying Lightning”, ”My Propeller” qui ouvre l'album ou sur la plupart des autres morceaux, notamment ”Dangerous Animals”, oppressant et rappelant définitivement le style névrosé et sensuel de Josh Homme. À défaut de parler d'évolution, vers laquelle les 4 jeunes garçons auraient conservé ce qui faisait leur force auparavant, on peut réellement évoquer une révolution, tant dans leur son que dans le style des morceaux. Mais ce qui frappera d'autant plus, c'est d'une part le songwriting de Turner, plus inspiré que jamais et définitivement à maturité, et d'autre part, toujours concernant le guitariste et chanteur, l'évolution significative de sa voix, dans la progression logique du morceau, jamais sans forcer comme il semblait le faire avant, et surtout dans la subtilité, jouant enfin de sa voix particulière autrement qu'avec des effets nasillards et pas toujours réussis : un progrès notable à souligner, tant la réussite y est grande.
ATTENTION ! Une mention du genre devrait paraître sur la pochette de cet album, qui a déjà surpris bon nombre de fans, moi y compris. Sauf que sans vouloir me jeter des fleurs, de mes amis, j'ai été le seul à avoir réellement apprécié ce nouvel album, dont le sens de la mélodie me surprend encore. Et même si je reconnais qu'un bon morceau bien bourrin me manque peut-être un peu (”If You Found This, It's Probably Too Late sur ”Brianstorm EP”), nous avons là à faire à l'album le plus aboutis des Arctic Monkeys, tant sur le fond que sur la forme, et surtout dans la mesure où ils ont appris à prendre de vraies et gros risques, les élevant au rang de véritables artistes. Et non plus comme 4 branleurs surdoués voulant juste se défouler - du calme, moi, je n'ai jamais pensé ça !...
À écouter : My Propeller, Crying Lightning... tout l'album en fait, je dois reconnaître ^^ bon allez, je fais l'effort : Secret Door, Potion Approching, Pretty Visitors (qui vous rappelera leur passé. Rassurés ?), The Jeweller's Hands et toutes les autres... !
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